Tours sur Loire... et bientôt Saint-Pierre-sous-l’eau ?

Intervenants

Sylvain Rode
Professeur agrégé à l'Université de Reims Champagne-Ardenne
Jean-Pierre Verrière
DDE fluviale

Date

26 octobre 2009 - 20 h 30 min

Adresse

2, avenue du général de Gaulle, Tours   Voir sur la carte

On se rappelle la crue de 1856 : Saint-Pierre-des-Corps s’est retrouvé sous 2 à 3 mètres d’eau, Grammont sous 50 cm, et les Prébendes basses avec 4 mètres d’eau. Les conséquences des brèches peuvent être importantes : en 2003, la rupture d’une digue de 2 mètres de haut a causé une brèche de 40 mètres de long, faisant heureusement pour seules victimes 120 têtes de bétail.

Chaque fois qu’il y a une grande crue, le risque de rupture est présent, du fait de la configuration. Parfois, on ne sait pas très bien jusqu’où va la digue. On les a faites de plus en plus élevées, mais si elles cèdent, le danger sera encore plus important.

Il existe plusieurs plans de crise : prévision des crues (Diren), plans de surveillance des levées (des digues en temps de crue), intervention d’urgence, plans de secours et d’information, activation du COD (local fixe de la préfecture), local de crise de la DDE, cellule d’expertise.

Le contraste d’exposition au risque des agglomérations

L’événement Tours sur Loire met en valeur le côté positif du fleuve, en faisant un symbole de la sociabilité urbaine retrouvée. Par contre, le côté négatif (risque d’inondation) est souvent, volontairement ou pas, occulté par les collectivités locales. Cela ne veut pas dire que rien n’est fait, mais plutôt c’est gardé en interne.

Que l’aléa fort ou faible dépend de deux critères : hauteur d’eau et vitesse. Tours semble également moins exposé de Saint-Pierre. Il existe en effet une ouverture dans la digue entre Saint-Pierre et Tours pour permettre le passage. Or, il y a des fermetures prévues pour rendre Tours hermétique en cas de crue. Certains critiquent ainsi que « pour protéger Tours la bourgeoise, on exposerait Saint-Pierre l’ouvrière ». Il y a donc des enjeux géopolitiques à l’échelle locale.

La représentation de la Loire

Tours sur Loire (mais on retrouve la même chose à Orléans, avec le Festival de Loire) montre le retour vers le fleuve et sa valorisation.
On observe une évolution de la relation entre la ville et le fleuve : jusqu’à l’apogée de l’industrie, il y avait une forte relation entre les deux. Puis avec le déclin de l’industrie, le fleuve et ses usages ont fait de même.

Aujourd’hui, il y a regain d’intérêt. Tours manifeste ainsi volonté d’aller plus loin en conquérant les bords de Loire par l’aménagement. Cela s’appuie sur une image positive, à l’encontre de la désensibilisation urbaine. Le fleuve a deux visages.

Dans l’agglomération, il y a des contrastes de prise de conscience de l’exposition aux risques. L’idée était lointaine jusqu’en 1995, puis on a vu un tournant national avec la loi des PPR (plan de prévention des risques) qui contrôle l’urbanisation des zones inondables.

Avant la protection signifiait des digues, des levées… L’aléa inondation ne devait pas arriver car la nature était cadenassée. Désormais, les autorités passent par la prévention : un contrôle de la vulnérabilité, en admettant que le risque est bien réel. C’est un changement majeur difficilement reçu à l’échelle locale.

Certaines communes ont eu du mal avec la prévention car elle freine le développement. Les documents de risques sont obligatoires depuis 1990, alors qu’il n’existe à Saint-Pierre que depuis 2 ou 3 ans. Il n’y en a toujours pas à La Riche.

Le PPR détermine si un espace est encore urbanisable ou non. Mais les documents sont négociés. Ils ne reflètent pas forcément l’hydrologie de l’aléa, mais plutôt les rapports de force entre les acteurs : élus, autorités… Les élus de commune ayant les moyens ont fait faire des enquêtes, dont les résultats indiquent qu’il y a eu des erreurs : des aléas ont par exemple été revus à la baisse.
La Loire est le fleuve possédant le plus de digues, et les plus hautes : c’est principalement de là que vient le danger. Car s’il n’y en avait pas et que l’eau montait, il y aurait certes risque d’inondation, mais moins violente qu’en cas de rupture.

Les digues empêchent les crues faibles, mais du coup masquent le risque d’un effet pervers en donnant l’illusion de la sécurité. De plus, il y a des phénomènes qui ne sont pas maîtrisables sur les digues : de vieilles fondations, les animaux fouisseurs, l’affaissement du lit de la Loire…

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